prends la peine …

Prends la peine
D’ouvrir les yeux,de regarder
Toi qui a la chance de voir tout ce qui t’entoure et même les croque-mitaines
Prends la peine
D’ouvrir ta bouche
Toi qui a la chance de goûter à tout et de pouvoir exprimer en parole même tes migraines
Prends la peine
De sentir,de humer ,de respirer
Toi qui à la chance de percevoir les parfums qui t’entourent,les senteurs des fleurs et même la fraîche verveine
Prends la peine
D’écouter,d’entendre
Toi qui a la chance de pouvoir te laisser submerger par les émotions musicales de Bruch et Bernstein
Prends la peine
De caresser,d’effleurer,de toucher
Tout ce qui t’entoure afin de saisir la texture subtile des moutons et de leur laine

Une heure,ne fut ce que une seule petite heure,essayez:
de bander vos yeux
de baillonner votre bouche
de mettre une pince à linge sur votre nez
de mettre des boules kies dans vos oreilles
de lier vos mains derrière votre dos…

et vous saurez tout ce qui peux vous manquer lorsque seulement un seul de ces organes disparait de votre vie…
Faites le test,je vous en prie
Vous gagnerez une connaissance immense:celle de comprendre la détresse de celui qui est handicapé par un de ces manque…
Combien d’aveugles,de sourd ou malentendant,de personnes frappées de mutisme total ou partiel,frappées d’anosmie(perte de l’odorat),paralysées avez vous croisées dans votre vie sans jamais vous demander quelles sont leur souffrance?Ce qui est d’ailleurs tout à fait normal car aussi longtemps que vous n’en souffrez pas,vous ne pouvez pas savoir la torture que cela représente.
C’est la raison de ce message,essayez c’est une prière que je vous adresse,c’est une requête qui vous semble sans doute stupide mais si vous le faites,vous me comprendrez…et si tel est le cas,envoyez moi vos réactions,cela me ferait tellement plaisir de savoir que ce message n’a pas été écrit en vain.Je me donnerai la peine de vous répondre et de vous expliquer pourquoi je serais contente de voir un maximum de personnes faire ce petit test.
Merci d’avance pour votre participation
avec toute mon amitié
Nadine

12 September 2009
By on 12:33

 

23 August 2009
By on 08:28
Le miroir

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Je me réveille et je me regardedans le miroir
Mais je ne reconnais pas ce visage marqué de noir
Je devrais rire et illuminer ce regard
Pourquoi ces restes de cafard?

Tout va bien dans ma vie
Je ne vis pas en Afrique et ne meurs pas de faim
Je ne risque pas de me faire tuer dans un conflit
Le soleil brille dans un ciel bleu sans fin

Mes enfants grandissent et je suis fière de les voir évoluer
Ma maison ne s’écroule pas et ne s’envole pas
Ma vie est somme toute une succession d’hivers et d’étés
Et je ne fais qu’avancer à petits pas

Mais que sont devenus mes rêves?
Mon idéalisme d’un monde parfait ou tout le monde se sourit et s’aime?
Mes illusions qui me faisaient poursuivre le bonheur et l’amour sans trêve?
Mon énergie à me battre contre toutes formes d’injustice et de misère même?

Les années passent et ont érodés mes révoltes
Mes luttes solitaires ont épuisés mes réserves
Les pertes ont transformés mes valeurs
Et peu à peu mes craintes du jour qui vient se transforment en peur

Mon visage se marquent de rides
Plus celles du sourire mais celles des sillons de larmes
Versées pour toute ces heures vaines ou je croyais en la vie
Et comme Don Quichotte courait sans armes

Je ne me retrouve plus
J’ai perdu mon identité
Je ne m’aime plus
Trop conforme à la société…

Troosters Nadine


By on 08:17
regarde derrière le miroir…

Ne me regarde pas

Mais comprends moi

Si tes yeux ne peuvent supporter

La vérité

Ferme ta bouche et éteint ta voix

Car tu ne vaut pas la peine d’être la

Derrière le miroir

Se trouve le savoir

Va le chercher intensément,

Éperdument

Car les sots n’arriveront pas

Plus loin que le bout de leur trépas

Intelligence n’est pas loi

Mais en l’au delà il faut la foi

Et la découverte du coeur

Le vrai, celui qui fait que les soeurs

Ne sont pas toujours de même sang

Mais simplement

Mêlent le rubis au couteau

Comme indiennes unies contre l’américain maquereau

Qui les a dépouillés

Et leurs hommes tués

Sans jamais frémir devant la destruction

Des Sages en manque d’opposition

Crois en ton futur

C’est toi qui le feras sûr

Si enfin tu réalises

Que ta vie n’est qu’une part de toi qui s’enlise

Et que la condition première

Est d’admettre que ce n’est pas la dernière

Que de toutes ces chances offertes

Tu en as pris pour perpète

Chaque dessin de ma peau

Est un coup de couteau

Planté par ceux que j’aime

Chaque cicatrice blême

Est un torrent de larmes asséchés

Que mes ennemis ont fait couler

Tout est sombre au dehors

Et pourtant si clair en mon corps

Lacéré

Épuisé

Fatigué….

7 January 2009
By on 15:19
Si tu ne sais plus tendre la main

Si tu ne sais plus tendre la main

A ceux qui en ont besoin

Si tu ne sais plus sourire

A ceux qui ont perdu le rire

Si tu ne sais plus jouer

Avec les enfants dans le pré

Si tu as peur de ton ombre

Et que les étrangers te semblent en surnombre

Si tu as perdu la foi

Parce que tu n’as plus de toit

Si tu penses que le monde tourne mal

Mais que tu te complais avec les chacals

Si la vie te semble dure

Parce que ta peine est sans mesure

Si tu regardes les nouvelles

Sans penser à autre chose qu’a gagner ton ciel

Si tu n’as plus en toi que du chagrin

Et que tu as perdu ton chemin

Tes illusions

Tes passions

Ton idéalisme

Ton charisme

Ton amour

Va voir derrière les miroirs

Dans le noir

Essaie de retrouver la lumière

Dans ta chair

Ouvre la porte au soleil

Regarde le ciel

Crie ta fureur de vivre

Comme un homme ivre

Prends ta liberté

De pensée

Jette toi à corps perdu

Dans l’absolu

Essuie tes larmes

Sans vacarme

Continue la lutte

Pour ton but

Sors des sentiers battus

Tracés dans les talus

Sois toi-même

Et aime

Ceux qui s’en foutent

Ceux qui en doutent

Ceux qui n’ont rien

Ceux qui ont du chagrin

Ceux qui ont peur

Ceux qui dans leur bêtise demeurent

Car alors seulement

Tu seras libre de tes tourments

Par l’énergie que tu emploieras

A ne pas penser qu’a toi…

Troosters Nadine

25 December 2008
By on 14:29
des voeux pour l’an nouveau

Une année s’achève

Une autre commence

Avec son cortège

De nouveaux désirs,rêves et chance

nous vous la souhaitons

Conforme à vos désirs et passions

Remplie d’amour

Remplie de beaux jours….

Nadine,Jimmy,Jason,Jesse,Jennifer,Kasper

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28 December 2007
By on 23:42
ik wil graag delen…

Troosters Nadine

nodig u haar emoties uit te delen

vous invite à partager ses émotions

Oloiverf,poezie,glas gravure

peinture à l’huile,poësie,gravure sur verre

woensdag 5 december

le mercredi 5 décembre  vanaf 15 uur

à partir de 15 heures

pereboom 9

8647 Lo-Reninge

Belgique

troostersnad@hotmail.com

0497866202

1 December 2007
By on 14:48
geselecteerd als gefixeerd bericht

la libération d’un “pas” amour maternel
Ce n’est pas du venin que tu crachais,c’était pire…
Tu ne m’as pas aimée,tu m’as sans doute haïe mais je t’ai tout pardonné,
ne dit on pas que la haine est proche de l’amour?
j’ai donc eu beaucoup d’amour…
Merci maman,je t’aime parce que tu m’as appris l’Amour
Cette sensation de choix,toujours,entre haine et amour que tu recois
Tu deviens pas à pas un “toi” réactionnaire
Oscillant entre deux monde
Le pire et le meilleur,sans doute
Mais je le proclame haut et fort
Option à contre-courant sont toujours les meilleures
et en dénoncant la haine,je me sens aimante
et en regardant le ciel,je me sens libérée
et en avancant vers demain,je marche vers les étoiles
et en te regardant,je réalise que je t’aime…

14 November 2006
By on 22:19
Un moment d’abandon

Il y avait si longtemps…si longtemps que Julie n’avait plus senti la main d’un homme caresser sa peau, si longtemps qu’elle refoulait toutes ses émotions. Et à présent, Jason avait sonné à la porte et se tenait la, devant elle, comme un chien perdu sous la pluie suppliant, quémandant la permission d’entrer et elle hésitait. Allait oublier ses années de combat contre la pire maîtresse qui soit, l’alcool ?

Elle vit en un instant défiler son passé devant ses yeux mais elle sentait faiblir sa détermination de le laisser au dehors. Le pouvoir de raisonner ne résistait pas à l’appel de l’amour et elle l’aimait encore, la petite boule au creux de son estomac le lui criait suffisamment haut pour qu’elle le laisse enfin pénétrer dans son nid.

Elle ouvrit la porte et s’effaça pour le laisser passer. Il la prit dans ses bras et voulut l’embrasser mais elle le repoussa d’un geste brusque, un réflexe de défense, s’offrant un moment de répit .Il alla s’installer dans le divan et ne dit plus un mot, la regardant en souriant, content d’être la et elle continua à vaquer à ses occupations, comme si elle avait oublié sa présence. Mais son esprit galopait à toute vitesse et ramenait à la surface de sa mémoire les luttes du passé.

Elle avait rencontré Jason à dix huit ans, il lui avait fait la cour six mois durant et il avait été son premier amant. Il lui avait tout appris de l’amour, lui avait révélé sa féminité .Il lui avait narré sa vie de marin et grâce à lui elle connaissait le Brésil, Corcofado, le pain de sucre,les bouges,les putains qui s’offraient une nuit entière pour manger. Le café que l’on allait chercher en Afrique, dans l’ancien Congo, avec les pères qui offraient leurs filles aux marins pour une montre ou quelques sous. Les discussions ardues sur ce sujet brûlant car elle n’avait jamais compris comment lui, Jason, si jaloux, si possessif avait pu partager ces filles pubères avec ses copains. L’Argentine chaude et brûlante, avec son climat politique douteux et son arrestation pour une nuit de prison d’où son officier en chef l’avait extrait de justesse. Les longues traversées de quatre mois sans femmes à bords, avec seulement l’alcool, les cigarettes et les changements de quart. La transpiration, les machines, l’odeur de l’huile, les bagarres à bord. L’histoire de sa noyade lorsqu’il était tombé entre le bateau et le quai, une nuit de beuverie ; le sauvetage par les marins Russes qui passaient par hasard et l’avaient entendu crier .Le récit de ces trois mois encore en Argentine, la fois ou le bateau avait du dévier de sa route pour le transporter d’urgence à l’hôpital de Montevideo ou l’on avait pratiqué l’ablation des amygdales. Elles étaient  tellement enflées qu’il ne pouvait plus respirer à la suite d’une nuit passée à chanter à tue tête « yellow submarine » dans les rues du port .Le rapatriement en Belgique par avion car son bateau ne reviendrait plus avant de longs mois…

Mais à côté de tous ces moments exaltants qu’il lui avait fait partager avec ses récits il y avait l’habitude d’alcool qu’il avait prise à la marine et dont il ne pouvait se défaire. Jason avait essayé de travailler à terre, dans des bureaux, mais le manque d’action le tuait. Ensuite, comme mécanicien, voyageant dans tout le pays pour réparer des machines d’imprimerie. Mais il ne pouvait pas laisser la boisson, et avait fini après un nombre incalculable de cures de désintoxications par être déclaré inapte au travail et invalide.

Julie l’avait soutenu toutes ces années dans son combat, et ils avaient eu trois enfants. Mais elle s’était toujours sentie seule et écrasée par le poids des responsabilités qu’elle avait prise pour les élever du mieux qu’elle pouvait. Elle avait toujours du trouver des solutions, des gardes lorsqu’elle devait travailler et qu’il était à l’hôpital pour ses cures. Après vingt ans de vie commune et de luttes sans résultat durable contre cette ennemie implacable qui était la bière et l’alcool, elle avait décidé d’acheter une maison et comme il avait des doigts habiles, elle pensait qu’il aurait ainsi un but suffisant pour qu’il ne cherche plus à passer ses journées dans les cafés. Elle était sure que son plan allait réussir et trouva la maison de ses rêves, une petite fermette qu’il fallait entièrement rénover dans un endroit calme, près d’une rivière et dans la nature. Elle avait fait la démarche toute seule, était allée la visiter et s’était sentie chez elle en entrant dans cette demeure. Il y avait plusieurs pièces, un poêle au charbon et un vieux fauteuil de cuir rouge juste devant ce chauffage. Elle s’y était assise et regardait autour d’elle les murs qu’il faudrait abattre, les chambres qu’il faudrait installer. Et elle était rentrée en lui faisant part de ses projets, il l’avait traitée de folle mais il lui avait promis, une fois de plus de changer et de lui construire sa maison.
Toutes les démarches furent rondement menées et la demeure fut acquise pour un prix modique. A la signature de l’acte, les enfants de la dame âgée qui était décédée racontèrent que leur maman s’était endormie dans le fauteuil rouge et ne s’était jamais réveillée…la nuit du 23 au 24 mai. Julie ne puit s’empêcher de penser que c’était un cadeau d’anniversaire que cette inconnue lui avait offert. ; Elle était née un 24 mai.

Mais ce ne fut qu’un rêve de plus, à peine installés dans la maison, Jason se remit à boire et lorsqu’elle rentrait de son travail après avoir été chercher les enfants à l’école, il ronflait, saoul dans son lit et les travaux n’avançaient pas. Un jour, plus nerveuse et fatiguée que d’habitude, elle avait jugé que c’en était trop, elle avait pris ses enfants, quelques affaires et était partie louer une maison dans le village voisin. Elle le quittait, il avait cassé sa vie, ses rêves, il était grand temps qu’elle pense à elle-même et à ses petits qui grandissaient et acceptaient de plus en plus difficilement de voir leur père boire et leur mère courir.

Il avait été infect lors de leur séparation, l’accusant d’être partie alors qu’il voulait changer et elle lui avait interdit de remettre les pieds chez elle. Ses enfants ne désiraient plus le voir et lui s’était enfoncé encore un peu plus dans l’alcool, tout seul dans la maison de Julie, refusant d’ailleurs de la laisser revenir chez elle et de partir lui habiter ailleurs. Mais elle avait tenu bon, avait construit sa vie et n’avait plus entendu parler de lui pendant un an.

Les enfants étaient partis pour un camp d’équitation. Il faisait donc calme et elle se sentait détendue. Il avait bien choisi son moment pour venir, elle savait simplement que si elle avait renoncé à l’aider, ce n’était que parce qu’il n’y avait plus de solutions pour sauver leur relation et son cœur de mère, elle le savait, avait fait le bon choix. Mais à présent qu’il était assis calmement près d’elle, comme si ils ne s’étaient jamais quittés, elle sentait aussi que l’amour qu’elle lui portait n’avait pas vraiment fondu avec le temps, elle sentait le danger , ce petit frisson qui lui parcourait l’échine en était une preuve.

« As-tu mangé ? »

« Non, depuis trois jours, je n’ai rien avalé »lui répondit Jason en soupirant.

Elle se mit en quête de trouver quelque chose à préparer dans son frigo et s’entendit lui répondre :

« Tu peut manger ici si tu veut mais après tu partiras »

« Tu ne vas quand même pas me jeter à la porte, tu sais que je t’aime toujours, je voudrais rester près de toi ce soir et je partirai demain »

Il était calme, avait l’air si fatigué qu’elle ne savait que dire. Elle n’avait pas envie qu’il parte mais se savait faible, trop faible devant lui. Et après tout, il était encore son mari, elle était contente de le voir la et se sentait seule sans les enfants.

« Bon, ça va, tu peut rester mais demain il faudra que tu partes, je ne veut plus vivre avec toi, tu le sais et je ne veut pas que les enfants te trouvent ici à leur retour »

Il ne répondit rien et se mit à table comme elle l’en priait pour déguster le gratin de poisson qu’elle lui avait préparé et qu’il affectionnait tout particulièrement.

Le repas se passa en devisant de tout et de rien.Elle lui racontait sa vie, les études d’infirmière qu’elle avait entrepris, Jason lui parlait de la sienne, bien vide affirmait- il.

Elle connaissait sa manière de se faire passer pour un malheureux, l’apitoyant pour obtenir ce qu’il avait envie et souriait en le regardant car il n’avait pas changé d’un iota.

Il la regardait aussi ronronnait comme un chat qui aurait lapé tout le lait qu’on lui offrait et qui attendrait que la souris qui lui servirait de dessert vienne sous son nez. Et précisément, Julie se sentait souris…

Ils s’assirent dans le fauteuil pour boire le café et il posa la main sur son épaule. Elle le laissa faire. Il commença tout doucement à l’embrasser dans le cou et elle ne le repoussa pas, c’était si doux de sentir le désir monter au creux de son ventre, c’était si bon de le retrouver comme au début de leur mariage.

Il s’aventura plus loin encore, elle le laissa faire. Il savait s’y prendre le bougre, il connaissait si bien la manière de réagir de Julie, il pianotait son concert d’une main de maître et n’avait pas besoin de regarder sa partition pour sentir que sa partenaire arrivait à sentir la note suivante avant qu’elle ne soit écrite. Elle ne désira plus rien d’autre que de tout oublier du présent, de le laisser lui faire l’amour et de retrouver la jouissance physique qu’elle avait oubliée depuis si longtemps.

Ils passèrent une nuit merveilleuse ; tendre et violente à la fois et Julie se réveilla fatiguée mais heureuse au petit matin.

Elle bondit hors du lit, s’affaira à préparer le café et rassembla ses esprits .Il fallait qu’il parte, il fallait qu’elle se reprenne, il fallait du courage pour lui dire de s’en aller. Elle alla le réveiller, lui expliqua son point de vue, il commença par se fâcher disant ne pas la comprendre mais finit par prendre ses affaires et il partit en claquant la porte ne comprenant pas son attitude mais résigné devant sa détermination.

Ses enfants revinrent le soir même et Julie rangea dans sa mémoire cette escapade amoureuse avec son mari.

La vie continua son petit bonhomme de chemin. Nous arrivâmes en septembre et elle se réveilla un matin avec des douleurs aigues dans le ventre. Elle se rendit à la clinique et alla voir le gastro entérologue qui l’avait soignée pour un ulcère l’année auparavent. Celui ci ne trouva rien, fit une échographie et lui conseilla d’aller voir un gynécologue. Elle prit rendez vous pour la semaine suivante mais comme les douleurs s’étaient évanouies, elle différa sa visite d’une quinzaine.

Quelle ne fut pas sa surprise lorsque le docteur Trop lui déclara, après un examen minutieux :

« Je vois que vous êtes en pleine santé, vous êtes enceinte. Mais vu votre age, j’aimerais que vous fassiez une ponction amniotique. J’estime votre grossesse à trois mois et nous pouvons faire cet examen à partir de 16 semaines. Il faut environ quatre semaines pour avoir les résultats .désirez vous prendre rendez vous ? »

Elle accepta la date proposée, elle sortit en titubant, elle ne savait plus très bien ou elle en était.

Elle n’avait pas d’homme dans sa vie, elle ne devait pas beaucoup réfléchir pour savoir que de nombreux problèmes allaient se poser, que sa famille et tout le monde allait la traiter de folle, se demander comment elle, Julie, avec déjà trois enfants n’avait pas pensé aux suites de sa nuit d’amour. Elle entendait déjà les critiques, les questions… Et pourtant ce petit être qui l’habitait toute entière était un enfant d’amour, ils pourraient tous raconter ce qu’ils voulaient, elle mit sa main sur son ventre, comme pour le protéger flèches acérées qui sortiraient de la bouche de ceux qui ne la comprendraient pas.

Elle laissa faire la ponction à la date indiquée et attendit patiemment les quatre semaines pour téléphoner au docteur Tromp.

Il la convoqua pour le soir même et c’est en tremblant qu’elle se rende à la clinique.
Le docteur la fit entrer :

« Madame, je n’ai pas de bonnes nouvelles, l’enfant que vous portez est trisomique. Le résultat est formel. Il a un chromosome en surnombre. C’est un garçon. Vous avez la possibilité de rentrer à l’hôpital pour un avortement si vous le désirez, on vous place une perfusion avec un produit qui provoque des contractions et vous accoucherez prématurément d’un enfant qui n’est pas viable car insuffisamment développé. La mutuelle prend tout en charge et le soir, vous pouvez rentrer chez vous »

Julie sentait les larmes qui lui montaient aux yeux. Ce n’était pas possible, c’était son enfant d’amour, elle ne pouvait pas faire une chose pareille.

« Puis je réfléchir et vous téléphoner dans deux jours ?

« Bien sur, mais ne traînez pas trop, car si il faut le faire partir, il est important d’agir vite. »

Julie se précipita dehors ce cabinet et ce médecin lui faisait horreur. Comment pouvait il de sang froid, sans la moindre émotion, lui proposer d’achever de faire battre un cœur aussi simplement que s’il s’agissait de couper la branche malade d’un arbre. Comment osait il anéantir le fruit de son amour en lui proposant un assassinat. Elle se rappelait de ces petits prématurés de 26 semaines ,600 grammes, vivants mais pas "viables "que l’on avait laissé mourir dans des nurserys froides avec pour tout cercueil un bassin réniforme et pour tout linceul une alèze blanche. Elle les entendait parfois gémir pendant quelques heures, suivant leur résistance physique, et lorsqu’ils ne respiraient plus, elle devait les porter au four de la morgue de l’hôpital. Car tant qu’ils ne devaient pas êtres déclarés à la commune, il n’y avait pas d’enterrement.

Et ce docteur lui proposait de faire subir le même sort à "son" enfant, son garçon, tout ça parce qu’il aurait ce petit quelque chose en plus que les autres et que cette différence serait gênante. Pour qui ? Pas pour elle. Elle avait accepté sa grossesse quatre semaines auparavant, elle n’avait aucune raison de changer d’avis.

Elle reprit le chemin de la maison, réunit ses enfants autour de la table et leur annonça en pleurant ce qui arrivait. Elle ne puit s’empêcher de leur demander si ils accepteraient encore

un petit frère de plus qui ne serait pas tout à fait comme les autres. Ils demandèrent des explications sur ce chromosome, voulurent savoir qui était le papa et elle raconta toute l’histoire. Ils réagirent de façon super positive, l’assurèrent de la bienvenue de ce petit frère annoncé et c’est avec un sentiment de bonheur qu’elle compris que de toute manière, cet avortement avait été écarté de sa pensée dès le premier instant mais qu’elle pouvait en plus se réjouir du fait que sa petite famille pensait comme elle.

Elle mit ses enfants au lit et commença à écrire une lettre à son mari, lui expliquant la situation mais sachant d’ores et déjà que cela ne changerait rien à leur relation actuelle. Elle le mettait simplement au courant d’un fait.

Elle prit un autre papier et laissa sa plume courir avec ses pensées sur la page blanche :

J’aimerais que mon fils soit fier de dire :

« Je suis venu au monde parce que mes parents se sont aimés

Je suis venu au monde parce que la vie est imparfaite

Je suis venu au monde parce que ma mère avait tout à donner

Je suis venu au monde parce que l’amour est plus fort que tout »

Et j’entendrais sa mère lui répondre :

« Pour un moment d’amour et de tendresse

M’étaient promises des années de tristesse

D’avoir eu à choisir entre la vie et la mort

J’ai voulu être sauvée de mon chagrin

Deux clefs me furent offertes

Celle de l’enfer, celle du paradis

Le seul obstacle est que je ne savais

Si le paradis existait encore pour moi

Il semblait que je me trompasse

Et que mon cœur dû l’emporter sur la raison

Après tout n’avais je pas toujours vécu

Me laissant mener par mes sentiments

Alors que depuis la première heure

Mon choix me guidait vers la vie et l’amour

Il était pourtant réel que le doute en moi subsiste

Ne m’apportant que souffrance et confusion

Après bien des hésitations, des océans de larmes

Je ne pouvais être coupable d’assassinat

Et j’ai opté d’attendre pour te serrer contre moi

Faisant fi des catastrophes qui m’étaient gentiment prédites

A présent que j’ai trouvé la paix

Je sais que je n’ai jamais cessé de t’aimer

Et que mon bonheur viendra aussi de toi

Le reste du monde n’a qua bien se tenir

Nous serons au moins deux pour les faire réfléchir…

Elle laissa couler ses larmes, tomber sa plume et monta se coucher, éreintée par les émotions.

Les jours suivants, elle continua de vivre dans un rêve, comme détachée de son quotidien, relisant ce texte qu’elle avait écrit et y trouvant chaque fois le courage de continuer.

La semaine avant la date prévue de son accouchement, Julie imprima cette lettre en plusieurs exemplaires et demanda à sa fille de s’en servir comme faire part.

Il ne resterait plus, lorsqu’on saurait le jour de la naissance d’ajouter la date et de l’envoyer à tous ceux qu’elle voulait prévenir.

Et lorsque le grand jour arriva, sa fille termina le texte par ces mots :

Jimmy est né le 28/3/1998

C’est un petit trisomique

Nous savons d’ores et déjà qu’il ne fera pas de hautes études universitaires mais cela n’est pas nécessaire

Pour qu’il soit le roi de nos cœurs…

1 June 2006
By on 20:45
les trois épis

Jeanne se retourna et regarda derrière elle. Rien, personne ne la suivait…. Elle avait entendu des pas, soupçonné une ombre. Elle avança plus vite, serrant son sac contre elle et se précipita dans l’entrée de la maison, au flanc de la montagne. Elle mit en tremblant la clef dans la serrure et glissa promptement à l’intérieur refermant immédiatement sa porte, soulagée de retrouver l’odeur du feu de bois presque éteint dans la cheminée.
Elle laissa glisser son manteau à ses pieds et regarda autour d’elle. Les objets familiers l’entouraient. Son angoisse s’apaisa et elle se dirigea vers sa cuisine et se servit un grand verre d’eau fraîche.
Elle saisit une bûche dans le panier près de la cheminée et attisa les cendres. Le bois commença à craquer et elle allait bientôt voir les flammes danser joyeusement.
Elle s’assit à même le sol et se mit à pleurer doucement .Elle se sentait si seule, si désemparée depuis que Marie l’avait quittée. Sept mois déjà…
Elle était née à Bruxelles et elle avait vécu toute son enfance en ville, dans un petit appartement avec ses parents qui se disputaient sans cesse. Elle avait toujours rêvé de partir et ses études terminées, elle avait embrassé sa mère qui la regardait tristement, avait salué cet étranger qui était son père et les avait quitté sur le quai de la gare avec pour tout bagage son diplôme d’infirmière et son sac à dos .Elle se rendait en France, allait s’établir quelque part ou l’on aurait besoin d’elle. Elle n’avait pas de grands moyens mais la tête sur les épaules et envie de liberté .Elle avait pris un train jusqu’à Paris et de la, un autre vers Nancy. Une troisième correspondance l’emmena à Colmar et il ne lui fut pas difficile de trouver dans cette gare un bus qui l’emmena vers « Les trois épis » et le col de la Schlucht .Son voyage l’avait épuisée et elle entra dans une petite auberge fleurie qui se trouvait sur la place. Le patron l’accueillit avec un sourire et elle sentit la sympathie de cet homme l’envahir comme une douche bienfaisante. Il devina sans doute sa fatigue, lui montra une petite chambre ravissante de laquelle elle apercevait la montagne et lui indiqua l’heure du dîner. Elle ouvrit tout grand sa fenêtre, respira l’air frais et vivifiant qui entra dans la pièce et entreprit un brin de toilette.
Elle descendit et se rendit dans la petite salle à manger. Elle choisit une table vide dans un coin de la pièce et sourit à une dame âgée attablée un peu plus loin.
-« Bonjour mademoiselle », lui lança t’elle d’une petite voix douce
Jeanne répondit tout aussi doucement :
-« Bonjour madame »
-« je vois que vous venez d’arriver, vous allez être très bien ici, c’est ma demeure, je suis partie de chez moi après le décès de mon mari, car je ne pouvais plus rester seule et cela fait trois ans que Marcel et sa femme m’entourent de leurs soins comme si ils étaient mes propres enfants. Je m’appelle Marie, et vous ? »
-« Je m’appelle Jeanne »
-« Et bien Jeanne, vous êtes bien fraîche et bien jolie. Vous avez un accent étranger, venez vous de loin ? »
-« Je suis née en Belgique et j’ai fait ce long voyage car je voulais m’établir par ici. Je suis infirmière et j’ai vu une émission à la télévision ou le présentateur racontait que les petits hameaux en montagne se mouraient .Les jeunes partent vers la ville pour trouver du travail et de plus en plus de personnes du troisième age restent seules .Lorsque les conditions climatiques ne permettent pas aux camionnettes de livraison de porter les victuailles il arrive qu’elles soient complètement coupées du monde. D’après l’enquête effectuée par les pouvoirs publics, il faudrait arriver à faire revivre certains hameaux pour assurer la survie de ces quelques personnes qui meurent quelquefois faute de soins ou d’encadrement.
Marcel qui était entré dans la salle s’écria avec un accent chantant:
-« Enfin, Marie, voila ce qu’il nous fallait, cette petiote qui vient de si loin a tout compris… »
Marie sourit et acquiesça de la tête.
Marcel annonça que les plats allaient être servis et Jeanne invita Marie à s’asseoir à sa table.
Elles devisèrent de tout et de rien pendant le repas qui était excellent et au moment ou Jeanne allait se lever, Marie la regarda et lui dit :
-« Je vous souhaite une très bonne nuit et j’aimerais vous inviter à déjeuner avec moi demain, j’ai une petite idée qui devrait vous plaire »
Jeanne sentait que ce n’était pas des paroles en l’air. Le hasard qui l’avait fait rencontrer Marie n’était sans doute pas fortuit. Elle monta dans sa chambre le cœur léger et s’endormit d’un sommeil profond.
Le jour la réveilla et elle se précipita vers sa fenêtre. Le paysage qui s’offrait à sa vue était idyllique : une brume couvrait toute la vallée, les cimes des arbres semblaient flotter dans l’air ouaté et au loin, on apercevait un soleil blanc qui ne tarderait pas à déchirer ce cocon de ses rayons bienfaisants.
Elle s’habilla en hâte et descendit dans la salle à manger ou Marie l’attendait déjà.
-« Bonjour, vous avez bien dormi ? Moi je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit et je vais tout de suite vous dire la raison de mon insomnie : lorsque vous m’avez raconté ce que vous veniez faire ici, la solution m’est apparue immédiatement. Vous êtes la personne que j’attendais depuis trois ans. Je voudrais rentrer chez moi, je voudrais que vous m’accompagniez et je vous logerai. Nous pourrez vous servir de la voiture de mon mari qui est dans le garage .Je ne vous demande rien d’autre que de me soigner,je ne suis pas malade mais l’âge et le chagrin ont laissé quelques traces qui m’empêchent quelquefois de me sentir bien. Si vous acceptez de vivre chez moi, je sais que je pourrai compter sur vous en cas de besoin. Je pourrais même vous accompagner chez d’autres personnes qui vivent dans la montagne pour vous présenter et de cette manière, vous réaliserez votre désir et vous permettrez à plus d’un de réaliser le sien : terminer sa vie dans sa maison…. »
Jeanne ne savait pas que dire, elle sentait la détermination de Marie et avait les larmes qui lui montaient aux yeux. Tout lui semblait si facile…
Elle planta un gros baiser sonore sur la joue ridée et Marie l’entoura de ses bras. C’était un pur moment de bonheur et lorsque Marcel entra avec le café fumant, il les trouva enlacées.
-« je vois que Marie vous a parlé de son projet et que vous avez l’air de vous entendre. J’en suis ravi, je vais de ce pas prévenir mon épouse et je vous emmènerai dès cet après midi a la maison »
Tout était dit, il n’y avait plus rien à ajouter. Les heures qui suivirent servirent à empaqueter les affaires de Marie et le tout fut chargé dans la camionnette qui attendait devant la porte.
Lorsqu’ils embarquèrent, Marie semblait avoir dix ans de moins et les petites routes en lacets qui montaient au flanc de la montagne laissaient voir ça et la quelques petites demeures tranquilles en vielles pierres irrégulières et grises .Des chèvres paissaient tout à côté, libres et fières sur leurs sabots et levaient la tête à leur passage, comme pour les saluer. Près d’une petite étendue d’eau, un berger faisait boire ses moutons. Le tout formait un tableau digne d’un grand maître.
Ils arrivèrent bientôt devant un écrin de verdure sauvage au milieu duquel se trouvait une vielle bâtisse .On aurait dit une demeure de contes de fée. Les fleurs et la mousse avaient envahi le chemin cahoteux, une petite source descendait à côté de la maison. La voiture s’arrêta et Marie sortit en cherchant ses clefs. Il faisait frais à l’intérieur et les ogives du plafond bas étaient ornées de bouquets de fleurs séchées. La cuisine était en pierre, avec un vieux four à pain et le tout rendait une impression de propreté, comme si la maison avait toujours été occupée. Sur la vieille table se trouvait une de ces vieilles soupières en porcelaine et dans une vitrine, des photos de mariage et d’enfants jaunies étaient soigneusement rangées.
Marie surprit le regard de Jeanne et lui sourit :
-« j’étais bien jeune, ma petite, j’avais dix huit ans et mon mari vingt, nous avions tous deux été élevé à la ville et nous avions décidé de venir vivre en montagne et d’y monter une bergerie. J’ai eu beaucoup de travail et Armand, partait de longues périodes pour la transhumance mais chaque fois qu’il revenait, c’était une fête. J’ai eu deux garçons ; ils nous ont quittés pour faire des études et se marier. Ils ne voulaient pas vivre de la même manière que nous, ils voulaient devenir riches et importants. L’un est devenu ingénieur et s’est établi au Brésil, je n’ai plus eu de ses nouvelles depuis son départ, il y a trente ans de cela, je ne sais même pas si il vit encore. Mon autre fils voulait devenir pilote et il s’est tué en s’écrasant contre une montagne avec un petit avion de tourisme alors qu’il devait se marier le lendemain. C’est à la suite de cela que mon mari est devenu malade. Il s’est senti responsable de sa mort car c’était lui qui avait téléphoné à mon fils pour commander ce baptême de l’air. J’ai du vendre les moutons et nous avons pu garder cette maison mais rien n’a plus jamais été pareil. Lorsque je vous ai vue, à l’auberge, j’ai compris que vous m’aviez été envoyée comme un cadeau du ciel et que je pouvais laisser enfin mon passé derrière moi. Vous serez la fille que je n’ai jamais eu «
Sa voix s’éteignait, vaincue par les souvenirs qu’elle avait ravivés par cette explication et Jeanne comprenait à présent mieux les raisons de sa proposition.
Marcel les quitta en proposant de passer les voir la semaine suivante et elles s’installèrent en devisant de ce qu’elles allaient faire les jours qui suivaient.
Les mois qui passèrent ensuite furent une aventure passionnante pour Jeanne. Elle appris à connaître toutes les personnes des environs grâce à Marie. Elle mit en place un service de soins à domicile et se sentait heureuse comme elle ne l’avait jamais été. Ses journées bien remplies à aider les autres la comblaient. Elle avait donné un sens à sa vie et lorsqu’elle rentrait le soir, Marie avait préparé le repas lorsqu’elle ne l’accompagnait pas dans ses tournées. Elles se racontaient leurs journées, allumaient un bon feu de bois et le temps passait si vite qu’aucune des deux ne se rendit compte que les années s’envolaient.
Mais un soir, Jeanne trouva Marie alitée et elle sentit que c’était grave. Sa bouche était tordue, son côté droit semblait paralysé. Elle raconta péniblement qu’elle avait voulu se lever de son fauteuil et qu’elle était tombée. Jeanne pensa qu’elle avait eu une thrombose et appela le docteur qui habitait à quarante kilomètres de la. Marie s’y opposa, décrétant que ce n’était rien mais Jeanne tint bon. Lorsque l’homme de science arriva dans la maison, il confirma son diagnostic et préconisa du repos tout en faisant une injection pour éviter un nouvel accident vasculaire.
Jeanne était inquiète, demanda si elle ne devait pas la conduire à l’hôpital mais Marie refusa tout net.
Jeanne la veilla toute la nuit et ne voulut pas aller faire sa tournée ce jour la mais Marie la força à partir, expliquant qu’elle avait tout ce qu’il lui fallait et qu’elle allait se reposer. Le cœur lourd, Jeanne s’en alla et se promit de faire vite car une sourde angoisse lui serrait le ventre. Elle revint donc plus tôt que d’habitude. Elle monta quatre à quatre les escaliers et trouva Marie morte, comme endormie avec un sourire dans son lit. Elle éclata en sanglots, criant son désespoir, s’en voulant de l’avoir laissé rendre son dernier soupir seule…
Les jours suivants, son travail lui parut lourd mais elle était contente d’être fatiguée car lorsqu’elle rentrait, la maison était si vide…Marie avait été comme une grand-mère bienveillante et son absence était bien dure à supporter. Elle avait aussi quelques problèmes administratifs à régler, le fils qui habitait au Brésil avait été contacté et avait décidé de vendre la maison. Elle ne pouvait pas l’acheter, elle ne savait donc pas ce qu’elle allait devenir.
Un coup frappé à la porte interrompit le fil de ses souvenirs. Elle se leva, passa un peu d’eau froide sur son visage et alla ouvrir la porte.
Devant elle se trouvait un homme d’une cinquantaine d’années, à l’allure sportive et aux traits burinés.
-« bonjour, vous êtes Jeanne, je crois ? »
Elle s’entendit répondre oui d’une petite voix et il lui demanda la permission d’entrer. Elle s’effaça pour lui laisser le passage et il se dirigea tout droit vers le salon. Il regarda autour de lui d’un air attendri et se laissa tomber dans le fauteuil. Jeanne le regardait étonnée par son attitude mais elle ne dit mot.
Il reprit la parole et poursuivit :
-« voila, je m’appelle Jacques et je suis le fils de Marie. Cela fait quelques jours que je suis revenu du Brésil et je voudrais repartir dans une semaine. Je loge à l’auberge aux trois épis et Marcel, le patron m’a parlé de vous, de ce que vous faites ici et de la façon dont vous avez rendu ma mère heureuse. Je ne peux que vous remercier et je vous ai suivie ces derniers jours. J’aurais mauvaise conscience à vendre cette maison et je sais que même si ma mère et moi étions en froid, elle ne me pardonnerais pas de vous faire du mal .Moi, j’ai quitté la région car je n’y voyais pas d’avenir mais le votre est ici et je vais mettre tout en oeuvre pour que vous puissiez rester.
La ou je retourne, je n’ai pas besoin de ce qui se trouve ici et les souvenirs que j’ai de mon enfance me suffisent largement pour mon avenir. J’ai aimé beaucoup mes parents, j’ai eu du respect pour ce qu’ils ont fait mais je n’aurais jamais pu vivre comme eux. Vous avez insufflé de la vie dans cette demeure, je sais que vous avez du chagrin de la perte de ma mère mais si vous acceptez de rester, je sais que vous serez heureuse et que le chagrin s’effacera peu à peu. Vous avez une chose que je ne possède pas, le bonheur, j’ai voulu partir, vivre mieux, être riche et j’ai couru toute ma vie derrière des chimères. C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais donné de mes nouvelles, je croyais que ma mère ne supporterait pas mon échec. Je regrette à présent de ne pas être revenu pour elle mais elle vous a eu et c’est mieux ainsi. Vous ne lui avez donné plus de bonheur que je n’aurais jamais pu le faire. Ma vie est ailleurs, la votre est ici »
Jeanne restait muette. C’était donc lui qui l’avait suivie ; elle se sentait à la fois soulagée et confuse, elle ne savait trop que dire mais s’entendit répondre :
-« Je suis heureuse de faire votre connaissance et je vous remercie du fond du cœur pour votre proposition. Je ne peut que l’accepter car il est vrai que je n’aurais su comment continuer mon travail si j’avais du quitter ces lieux. Lorsque je rentre le soir, je retrouve l’esprit de votre mère et même si je pleure quelquefois, cela me donne du courage pour le jour suivant. Vous aviez une maman formidable et je peux vous assurer qu’elle ne vous en a jamais voulu d’être parti. Le hasard qui nous a fait nous rencontrer a changé deux destinées et nous avons été heureuse elle et moi. Mais vous me dites que vous n’êtes pas satisfait de votre vie, êtes vous sur que vous devez retourner au Brésil et que vous ne voulez pas rester ici et que je m’en aille ? »
-« c’est pour moi une évidence,si j’ai gâché certaines choses de ma vie,c’est parce que j’ai eu trop facile .J’ai connu une vie de privations avec mes parents et lorsque j’ai eu tout ce que je désirais,je me suis laissé emporter par mon inconscience et ma légèreté .J’ai eu des dettes,j’ai fait des bêtises mais j’ai changé et je m’occupe à présent de construire des maisons à loyer modéré pour que les pauvres des favelas aient une vie convenable. Je tiens à réaliser mes projets et c’est pour cette raison que j’y retourne »
Jeanne lui sourit et s’exclama :
-« Je vous comprends et je crois pouvoir vous dire que votre mère aurait été fière de vous. »
Il se leva, la regarda une dernière fois, parcourut encore des yeux tout ce qui les entourait et se dirigea vers la porte.
Elle le suivit, le regarda partir pensivement en lui faisant un signe de la main.
Elle rentra, ferma la porte derrière elle et sourit à la photo de Marie. Elle saisit le téléphone et composa le numéro de ses parents…

10 May 2006
By on 19:16